Xavier Justo – Le « lanceur d’alerte » de 1MDB extorque des millions à son ancien employeur.

Dans plusieurs enquêtes sur l’affaire malaisienne 1MBD, de nouvelles informations sont apparues qui mettent en valeur un réseau complexe d’intrigues, de subterfuges et de corruption impliquant le dénonciateur Xavier André Justo.

Pour qui ne connait pas Xavier Justo, M. Justo a déjà été emprisonné en Thaïlande en 2015 pour des tentatives de chantage et d’extorsion contre la direction de PetroSaudi International, et a volé une base de données à cette société qui a fini par être au centre du scandale 1MDB.

Des informations sur l’implication d’un ancien procureur général suisse, qui fait actuellement objet d’une enquête pour corruption politique dans une affaire distincte avec un conflit d’intérêts, et une litanie d’autres acteurs divers plus dignes d’un thriller hollywoodien que de circonstances réelles, résument les nouveaux renseignements disponibles sur le cas de M. Justo après des mois de rapports détaillés.

1MDB logo - 1Malaysia Development BerhadAller au fond de cette affaire complexe a été difficile. En termes simples, les cadres intermédiaires des entreprises impliquées dans le scandale 1MBD n’étaient pas disposés à s’exprimer officiellement. Les cadres supérieurs de ces entreprises ne parlent pas non plus à la presse. Pourtant, la semaine dernière, finalement nous avons réussi a trouver un ancien dirigeant qui est mécontent de PetroSaudi International (la société à laquelle M. Justo a volé les données qu’ont commencé le scandale de 1MDB) ainsi que deux anciens amis de M. Justo, et eux ont fourni des informations sur l’homme au centre du scandale.

L’ancien cadre de PetroSaudi International s’est exprimé sous couvert d’anonymat et a également fourni des documents, des copies de SMS et d’autres e-mails pour étayer ses affirmations selon lesquelles Xavier Justo, loin d’être un noble lanceur d’alerte, est un escroc qui a vécu une vie de luxe et qui a des antécédents de toxicomanie – y compris « une forte consommation d’alcool et beaucoup de cocaïne ». Cet ancien cadre a également fustigé amèrement PetroSaudi International pour avoir permis à M. Justo de gravir les échelons de l’entreprise malgré son style de vie extravagant bien connu. Ces allégations ont également été confirmées par les deux anciens amis de M. Justo qui ont tous deux été lâchés par lui suite à des prêts personnels qui n’ont jamais été remboursés.

Malaysian businessman Low Taek Jho
Low Taek Jho

En février de cette année, le PDG de PetroSaudi International, Tarek Essam Ahmad Obaid, le directeur de l’entreprise Patrick Andrew Marc Mahony, et l’homme d’affaires malais Low Taek Jho ont tous été inculpés en Malaisie par la Commission malaisienne de lutte contre la corruption (MACC) pour le scandale 1MBD. À l’époque, le MACC avait fièrement annoncé dans un communiqué de presse que les trois accusés avaient été inscrits sur la liste rouge d’Interpol.

Mais après avoir enquêté sur les allégations et demandes reconventionnelles entre M. Justo et PetroSaudi International, nous n’avons pas trouvé aucune preuve permettant de vérifier leur inscription sur la liste d’Interpol pour ces actes d’accusation. Après avoir vérifié la base de données en ligne « Notices rouges» d’Interpol, nous avons confirmé que ni M. Obaid, ni M. Mahony, ni M. Jho Low n’ont été enregistrés sur cette page d’Interpol et qu’ils ne sont pas des «fugitifs recherchés» comme suggéré par de nombreux médias (plusieurs tentatives pour joindre le MACC pour commenter cette histoire sont restées sans réponse).

Un examen plus attentif sur la vie de M. Justo confirme, contrairement à ce qu’il prétend publiquement, qu’il n’a aucune formation universitaire formelle et qu’au milieu des années 2000, il détenait des participations dans des clubs sordides du quartier chaud de Genève : Le Platinum et Le Z Cube  [https://www.letemps.ch/economie/riches-jeunes-vite-milliards-1mdb-ont-rendu-fous-deux-genevois]. 

En raison de ses activités louches, en 2007, les bureaux et la maison de M. Justo ont été perquisitionnés par la Brigade Financière de Genève en raison de soupçons de liens forts avec un réseau de trafic de stupéfiants et de contrebande en Espagne. Ce cartel était dirigé par le célèbre gangster espagnol Jose Alberto Aguin Magdalena, également connu sous le nom de «Rubio de Aios » (homme d’affaires qui a agi comme contremaître de Sito Miñanco). M. Justo a été arrêté par des policiers suisses armés dans son bureau, et  pendant ce raid il a été emmené en prison pour répondre à des questions sur son rôle dans l’ouverture et la gestion des comptes bancaires du cartel de Sito Miñanco. M. Justo a servi de référence pour Rubio de Aios et son gang dans l’ouverture et la gestion de relations dans trois banques en Suisse : BFI Genève (BFI), Bank Piguet and Cie et Bank Pictet et Société Bancaire Privée, S.A. M. Justo a été détenu pendant plus de 18 heures puis relâché après avoir, selon ses anciens amis, coopéré avec les enquêteurs et témoigné contre les membres du gang criminel avec lequel il travaillait.

En outre, un des agents impliqués dans l’arrestation et l’interrogatoire de Justo affirme qu’il portait un dispositif d’écoute après avoir été détenu, afin d’impliquer un autre ami dans l’affaire. Après cela, il a été libéré sans inculpation.

Dans l’autre côté de l’histoire on a Tarek Obaid, PDG de PetroSaudi International. M. Obaid a la double nationalité suisse et saoudienne et est diplômé de la School of Foreign Service de l’Université de Georgetown. Avant le scandale du 1MBD, M. Obaid n’avait jamais été accusé d’une infraction pénale dans aucun pays.

Selon l’ancien exécutif de PetroSaudi International et d’anciens amis de M. Justo, M. Obaid a rencontré M. Justo alors qu’il était un immigrant de 15 ans en Suisse sur un terrain de basket. Ils ont noué une amitié, car Justo lui-même est un descendant de parents immigrés. Justo a agi comme un grand frère pour M. Obaid, étant son pair dans les affaires et dans sa vie en Suisse pendant leur jeunesse. Des années plus tard, M. Obaid a donné à M. Justo des “petits boulots” pour l’aider à subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille en raison de la situation économique malheureuse de M. Justo. Dans ces emplois, M. Justo a occupé divers postes en tant que concierge, valet de voiture ou s’occupant de petits achats de petite caisse pour le bureau de M. Obaid et pour les membres de sa famille. Certains médias et la propre représentation de M. Justo sur son CV affirment qu’il est un banquier international. C’est faux : bien qu’il ait travaillé dans quelques banques en tant qu’employé de niveau inférieur, il n’a jamais été un « banquier », ni n’a occupé de poste de direction dans une banque suisse ou européenne.

La vie personnelle de Xavier André Justo était toujours très instable, un fait qui aurait dû déclencher la sonnette d’alarme chez PetroSaudi International. M. Justo a été marié à Daphné Smits pendant quelques années. Selon des amis de M. Justo, alors qu’il travaillait comme commis à la Banque Scandinave en Suisse (BSS) à Genève, il a eu une liaison amoureuse avec la femme de son patron. Quelques mois plus tard, M. Justo aurait eu une autre liaison avec la femme de son meilleur ami. Comme il a été pris en flagrant délit, son épouse Daphné a divorcé de lui et elle a reçu un règlement favorable qui a épuisé M. Justo de la totalité de ses actifs.  Puis il a commencé une relation amoureuse avec Laura (maintenant sa femme) qu’il a rencontrée lorsqu’elle était secrétaire. Selon ses amis, à ce moment-là, M. Justo est devenu très déprimé et craignait des représailles de la part du gang de narcotrafiquants. M. Justo et sa petite amie d’alors, Laura, se sont enfuis en Thaïlande et (selon un ancien ami proche) « ont volé tout l’argent du compte bancaire de sa mère pour payer le voyage ».

Après habiter en Thaïlande pendant plusieurs mois, M. Justo a contacté M. Obaid et lui a dit qu’il souffrait d’un manque de revenus et qu’il était « désespéré » pour subvenir aux besoins de sa famille. À la mi-2010, et après mûre réflexion, M. Obaid a décidé de donner une autre chance à M. Justo et lui a offert un nouvel emploi chez PetroSaudi International à Londres à la condition que M. Justo s’engage à mettre fin à sa consommation de cocaïne et d’abus d’alcool. M. Justo a accepté sans hésiter. 

Avec un salaire élevé et une rémunération avantageuse de 400,000 livres sterling par an qui comprenait un appartement de luxe entièrement payé à Mayfair – un quartier chic de Londres – la vie de M. Justo s’est améliorée et sa carrière a repris. M. Obaid, qui faisait grandement confiance à son ami d’enfance, se concentrait sur la croissance de ses opérations internationales et avait besoin de quelqu’un à Londres en qui il pouvait avoir confiance pour signer des papiers d’entreprise en son nom, effectuer des opérations bancaires courantes et d’autres fonctions administratives banales lorsque M. Obaid n’était pas en ville.

Des enquêtes plus profondes sur la relation de M. Obaid et de M. Justo révèlent l’incroyable confiance que le premier accordait au second. Nous avons consulté des documents authentifiés, y compris une copie du contrat de travail de M. Justo avec PetroSaudi International (voir extrait du contrat de travail ci-dessous) que démontrent la confiance que M.Obaid avait en M. Justo.

 Un des anciens amis de M. Justo a déclaré dans une interview qu’il «ne pouvait pas croire que Xavier avait reçu un salaire de si haut niveau et avait la confiance de cette entreprise (PetroSaudi International) … « Je me souviens d’une fois où nous traînions à cet endroit japonais chic à Knightsbridge et il a payé notre repas et toutes les boissons sur une carte de crédit d’entreprise… la facture était scandaleuse… ».

L’ancien dirigeant de PetroSaudi International a confirmé que, au sein de la société, M. Justo était connu pour fréquenter des lieux de prédilection londoniens très chers à Knightsbridge et Covent Garden, deux des quartiers les plus exclusifs de Londres. L’ancien cadre a également ajouté qu’il avait informé M. Obaid à plusieurs reprises du comportement social de M. Justo et de la montée en flèche des comptes de dépenses, mais qu’il (M. Obaid) «ne voulait pas en entendre parler…Tarek faisait confiance à ce type depuis qu’il était enfant mais il ne le connaissait pas vraiment… M. Obaid était immature, et il avait un mauvais jugement quand il s’agissait de ses amis d’enfance. Cela causait beaucoup de tension au bureau… c’était tellement stupide… je ne pouvais plus supporter  ça. C’est pourquoi j’ai quitté PetroSaudi ».

Selon les témoignages au tribunal et les éléments de preuve fournis par de nombreux témoins, le rendement au travail de M. Justo s’est gravement détérioré à la fin de 2010 avec plusieurs absences et des crises d’alcool qui comprenaient un comportement inapproprié au bureau. Puis, début avril 2011, il a manqué un vol de Londres à New York où il devait rencontrer un client majeur ainsi que les actionnaires de PetroSaudi International. Des témoins ont confirmé par la suite que M. Justo a eu une forte consommation de cocaïne la nuit avant le vol et était très intoxiqué. Lorsqu’il ne s’est pas présenté à la réunion de New York, il a été sommairement démis de ses fonctions.

Il a été confirmé et prouvé par la suite – par une enquête judiciaire – que M. Justo avait volé la base de données de PetroSaudi International,  et il a effectué le dernier téléchargement des données de 90 Go 24 heures après avoir été renvoyé par téléphone.

Après son licenciement, M. Justo a commencé à menacer de révéler les informations confidentielles qu’il avait volées à PetroSaudi International à des parties privées, comme une vendetta contre la société, dans le but de forcer la main de M. Obaid et de la direction de PetroSaudi dans un accord de séparation.

Même si M. Justo n’a été employé par la firme que pendant 11 mois et a été congédié pour turpitude morale, il a pu extorquer une sortie de 4,35 millions de dollars en supposant qu’il rejetterait toutes les réclamations contre la société. Ce qui aurait autrement été considéré comme une indemnité de départ généreuse, M. Justo a converti en un accord de sortie de plusieurs millions de dollars en sa salve d’ouverture visant à démanteler la société, y compris M. Obaid et l’ensemble de la haute direction de PetroSaudi International.

Selon des documents bancaires obtenus, au moment de la réception de son indemnité de départ, M. Justo  a immédiatement transféré 4,1 millions de dollars sur un compte offshore appartenant à Lidingo International LTD., au-delà de la juridiction suisse, afin de se soustraire au paiement de la facture fiscale du gouvernement suisse.

Il est ensuite retourné en Thaïlande pour ouvrir un salon de bronzage, «Always the Sun», à Koh Samui – une aventure douteuse compte tenu des milliers de touristes qui se prélassent dans l’éclat du soleil thaïlandais sur les plages de la côte sud-est asiatique.

Après peu d’années, M. Justo a épuisé son argent e a ensuite repris ses anciennes habitudes, menaçant à nouveau PetroSaudi et M. Obaid par e-mail pour d’autres paiements, et principalement Patrick Mahony – le directeur des investissements de la société. À ce moment-là, M. Justo a annoncé pour la première fois qu’il avait volé tous les documents internes de PetroSaudi et sa base de données. Lassé des tentatives répétées d’extorsion et de chantage de M. Justo, PetroSaudi a contacté les autorités thaïlandaises et a signalé ce cas de chantage et d’extorsion commit sur le sol thaïlandais.

Parmi ces efforts, M. Justo a aussi contacté l’opposition malaise, à la suggestion de son ami Christian Frampton, et a promis de livrer des documents non publiés de 1MDB qui aideraient les opposants au gouvernement Najib (alors au pouvoir en Malaisie) à évincer le Premier ministre sortant. Le prix de M. Justo pour ne pas vendre la base de données à un tiers était de 3 millions de dollars, mais il s’est rapidement rendu compte que M. Obaid ne se soumettrait plus à une autre tentative d’extorsion.

Lorsque M. Justo a été confronté à un journaliste sur sa volonté de devenir dénonciateur plutôt que d’être payé à l’époque, si PetroSaudi International avait effectivement capitulé devant ses demandes et lui avait envoyé des fonds, sa réponse a été incertaine : « Je ne sais pas.»

Alors qu’il était encore en négociation avec l’opposition malaise, M. Justo a été arrêté par la police thaïlandaise et traduit en justice. Après avoir été confronté à des preuves accablantes, avoir été reconnu coupable de tentative d’extorsion, de chantage et de vol de la base de données de PetroSaudi International, M. Justo a été condamné à 3 ans de prison en Thaïlande en 2015. Il a avoué ses crimes sans hésiter (https://www. letemps.ch/monde/confession-xavier-justo-jai-trahi).

Mr. Justo received a 3-year-prison sentence in Thailand

En raison d’une amnistie générale accordée par le nouveau roi de Thaïlande lors de son couronnement, M. Justo a été libéré de prison après avoir purgé la moitié de sa peine. C’est à ce moment-là que M. Justo a commencé à essayer de faire demi-tour afin de dissimuler et de justifier ses activités criminelles passées et de se venger de ceux qu’il jugeait responsables de son incarcération.

Xavier Justo est passé de criminel condamné à dénonciateur opprimé, arguant qu’il avait tenté de dénoncer les actes répréhensibles présumés du fonds 1MDB, dont son ancien employeur recevait des investissements. C’était la société qui l’avait précédemment employé : PetroSaudi International. Ce qu’il a publiquement crédité comme un exercice de fourniture d’informations aux autorités, après un examen plus approfondi, était en fait une opération de vengeance fondée sur son désir inhérent de reconvertir la base de données volée en la vendant à un parti politique étranger dans un but lucratif.

M. Justo a été présenté aux membres de l’opposition malaisienne par son ami Christian Frampton et Kamal Saddiqqi (qu’il a connu au Grand Prix de F1 à Singapour), un homme d’affaires proche de la tête de l’opposition malaise à l’époque, Mahatir bin Mohamed.

M. Justo a eu une double attaque contre PetroSaudi International et ses entreprises partenaires : Il a cherché à lancer via le blog “the Sarawak report”  sa salve de fuites de données et il a fourni la base de données PetroSaudi International aux politiciens malais cherchant à destituer le Premier ministre Najib Razak. Lorsque l’opposition malaisienne a pris le pouvoir, elle a facilité le versement de 2 millions de dollars supplémentaires à M. Justo à travers du propriétaire de la principale publication de l’opposition, The Edge.

La somme d’argent gagnée par M. Justo en extorquant,  et en convertissant les secrets commerciaux et la propriété intellectuelle de PetroSaudi s’élève à 6,35 millions de dollars. Avec toutes ces informations maintenant mises à la lumière du public, M. Justo se présente comme un opportuniste extrême avec des antécédents criminels qui a utilisé son poste chez PetroSaudi International et son amitié étroite avec le PDG Tarek Obaid, à son avantage personnel. Contrairement à d’autres exemples d’efforts honnêtes pour dénoncer les inconduites et les scandales dans le monde de l’entreprise, les actes de M. Justo sont le résultat d’une cupidité et d’une ambition égoïstes, la « dénonciation » servant de vernis à ses profits criminels aux dépens des autres.

6 comments

  1. Ping : Aspaid4b5q | Pearltrees
  2. Et penser que nous l’avons couvert d’honneurs et de cérémonies pour le remercier, alors qu’il n’est qu’un menteur, un maître chanteur et un voleur.

  3. Je ne crois toujours pas que nous croyons tous aux mensonges de cet homme. Maintenant, nous voyons qu’il est un grand voleur.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *